Échos du JRJ au Liban : « De sa paix dépend votre paix »

= mini-JMJ du 26 juillet au 6 août 2019

 

J’ai eu la chance d’accompagner un groupe d’une trentaine de jeunes français de 20-28 ans à une rencontre entre Chrétiens organisée spécialement pour les jeunes du Proche-Orient : les JRJ (Journées Régionales de la Jeunesse).

 

 Voici comment P. Gabriel Khairallah sj, au nom de l’équipe responsable des JRJ présente cet événement :

« Comment garder espérance au sein de nos sociétés arabes malgré une vie difficile, des injustices que nous éprouvons parfois ou même des persécutions auxquelles nous faisons face par moments ? Comment ne pas céder au désespoir et comment être des acteurs actifs et responsables au sein de nos sociétés ? Voilà des défis auxquels nous sommes confrontés en tant que chrétiens.

 Pour cela il nous a paru bon, à nous Jésuites, de contribuer, selon nos moyens, à relever ce défi et à œuvrer ensemble avec les jeunes chrétiens des pays arabes. Cela constitue une des raisons pour laquelle nous avons créé les JRJ en 2006.

 Cette année, nous organisons les JRJ au Liban autour du thème « De sa paix dépend votre paix » inspiré du livre de Jérémie 29,7. Ce passage évoque l’exil du peuple d’Israël à Babylone ; or c’est au cœur de cet exil que Dieu les exhorte à s’engager activement dans Babylone pour être des agents de paix. D’où les questions qui se posent à nous chrétiens au Proche Orient et que nous souhaitons développer et approfondir durant ces journées : comment nous engager de façon dynamique pour être des agents de paix ? Comment pouvons-nous contribuer activement au développement de nos sociétés sur les plans politiques, économiques, culturels et même religieux ?

 Nous croyons au potentiel et à aux capacités des jeunes à aider nos sociétés à évoluer. Il s’agit d’en prendre conscience et de trouver des outils pour les développer. C’est un des moyens que les JRJ souhaitent mettre en œuvre pour œuvrer ensemble à ne pas céder au découragement et au désespoir. »

 

Plus de 350 jeunes chrétiens de Syrie, d’Irak, de Jordanie, d’Égypte et du Liban ont répondu à cette invitation des Jésuites. Les 2 premiers jours et les 2 derniers étaient consacrés à de grands rassemblements au collège jésuite de Jammour où des conférences, des ateliers, des rencontres avec différentes personnes engagées dans la société civile étaient organisés. Au cœur des JRJ, les jeunes en équipes mixtes de 15 étaient envoyés 5 jours pour de courts expériments dans diverses ONG et associations dans tous le Liban.

Notre petite délégation française conduite par le Père Jacques Engalbert a été plongée dans une aventure arabo-chrétienne qui nous a tous profondément marqués, bouleversés. Nous avons tissé de nombreuses amitiés grâce aux échanges si profonds avec les uns et les autres, nous parlions en anglais ou bien, grâce à des « anges gardiens », nous avions quelques traductions en français. Nous avons eu une vie fraternelle intense lors de nos missions de 5 jours auprès des plus pauvres et des ONG. Certains d’entre nous se sont retrouvés tout au Nord de Tripoli dans un lieu d’accueil d’enfants syriens et irakiens pour organiser des activités d’été, d’autres vers Zahlé dans un centre pour personnes handicapées, et moi, j’ai été envoyée dans le sud à la frontière avec Israël, à Klayaa, pour repeindre des pièces d’une maison appartenant à une famille pauvre et endeuillée. Ce travail en commun a été l’occasion de vivre ensemble, de témoigner très simplement de la foi qui nous animait dans ce service humble auprès des plus pauvres.

Chaque jour de la mission nous prenions le temps de méditer la Parole de Dieu et de célébrer l’Eucharistie. Le prêtre accompagnateur le Père Ihab, égyptien jésuite, a été un vrai pasteur attentif à chacun et célébrait la messe en rite copte. Nous avons eu également de temps de témoignages et de relectures. Je suis encore très émue de ces moments. Un jeune Égyptien après avoir peiné des heures pour nettoyer un mur, le poncer, le préparer à être repeint compris que ce mur c’était lui mais qu’il restait des failles… Et qu’il faillait les accepter. Un jeune Syrien, qui a perdu sa sœur victime d’une roquette alors qu’elle revenait de l’université, était très silencieux et fermé les premiers jours des JRJ puis progressivement il a repris goût à la vie. Lors de la relecture finale, il nous a partagé sa découverte : il avait enfoui en lui son esprit d’enfance qu’il devait aller chercher, les JRJ lui ont permis de retrouver cet esprit d’enfance et il nous a offert un sourire qui venait de très loin… Action de l’Esprit St dans le cœur des uns et des autres.

Je ne peux rien partager de conceptuel car ce fut très intense émotionnellement, tout notre être était saisi par la force et le courage de tous ces jeunes meurtris par la guerre mais debouts et au service des autres. Les conférences sur la paix étaient de grande envergure mais l’atmosphère pouvait être tendue car les jeunes réagissaient avec leurs blessures à vif. Les souffrances et les incompréhensions étaient grandes pour beaucoup… Et pourtant, chacun aspirait à être signe d’espérance.

La force de la foi était là à l’œuvre par des sourires échangés, des larmes partagées, des services rendus et des pas de danse enseignés. Oui, la danse et la fête étaient les invitées de toutes nos soirées sans exception. Danses orientales ou traditionnelles, chorégraphies, chants, rondes aux sons des instruments. Rires et rythmes enivrants ! Nous vivions « en live » les Psaumes 149 et 150 !

Juste avant de rentrer en France nous sommes allés, les Français, nous reposer une nuit et une journée dans la vallée sainte (la Qadisha). Cette nuit douce et silencieuse nous a fait un bien fou ainsi que la marche dans la nature et la méditation de la Parole de Dieu car nous avions besoin de nous recueillir après ces moments si forts, de décanter. Tant de visages, d’histoires saintes où mort et vie s’enlacent, deuils et joie, blessures et résurrection…

Grâce aux nouvelles technologies : Facebook et WhatsApp, nous restons en lien avec nos amis syriens, irakiens, libanais, jordaniens et égyptiens. Mais comment continuer à entretenir nos échanges fraternels, à les nourrir ? So What ! Que faire maintenant ?

Quelle sera la suite ? Nous laissons l’Esprit Saint nous guider… Mais ce livre des JRJ et de nos amitiés ne peut se refermer ! D’autres pages restent à écrire ! A la grâce de Dieu !

 

La Croix du 30 juillet 2019

Reportage de KTO

Sabine Algrin