Pourquoi faire vivre des expériences de service aux jeunes ?

LourdesMe mettre au service du prochain à travers le métier que j’exercerai, quels que soient ce prochain et la différence qui me sépare de lui, et pour commencer, aborder mon orientation pour les études supérieures dans cette optique du service de l’autre… autant d'attitudes qui vont de moins en moins de soi dans le cœur des jeunes.

Comment donc trouver le chemin pour aider nos jeunes à sortir de l’enfermement de l’entre soi, pour ouvrir l’espace intérieur ? Cette question est vitale à l’heure d’aujourd’hui pour permettre à chacun de se connaître en profondeur.

C’est parce que je m’ouvre à l’autre, aux autres, que je peux avoir un regard de vérité sur moi-même. C’est souvent grâce à la parole du prochain foncièrement différent de moi que s’ouvre en moi de nouvelles portes, une meilleure connaissance de mon caractère, de mes dons. Sans cette ouverture, la peur, la crainte, parfois même l’angoisse peuvent prendre toute la place en moi. Cette angoisse est parfois si présente qu’elle va jusqu’à pousser le jeune à percevoir le regard du voisin, même bienveillant, comme un jugement sur lui. Elle peut aussi compliquer les choix d’orientation dans les études supérieures. A force de retour solitaire sur soi, sans rencontre avec d'autres, l’angoisse monte, grandit et ne permet pas à l’élève d’appréhender sereinement son orientation.

Il est donc urgent de trouver ce chemin dont nous parlions plus haut. Peut-être ne percevez-vous pas a priori le rapport entre ceque je viens de présenter et des activités de service ?... Et pourtant… Pour commencer, peut-être devons-nous définir ce que nous entendons par activités de service. Il s’agit de proposer à un jeune de s’engager au service de telle ou telle association extérieure à son établissement ou à l’intérieur même de son établissement soit pour toute l’année soit sur une durée limitée. Ainsi certains prennent en charge un plus jeune à soutenir scolairement, d’autres vont rendre visite à une personne âgée, d’autres encore vivent des rencontres régulières avec des personnes handicapées. L’échange avec un autre différent de soi, de sa famille, de ses amis est essentiel à travers ces services. Il s’agit de faire vivre une expérience de décentrement de soi au jeune. Il va ainsi réaliser deux choses : qu’il a de grands dons qu’il peut mettre au service des autres, et qu’il aura toujours à recevoir des autres bien plus qu’il n’aura pu donner. Cela lui apprend également une vertu peu développée actuellement, celle de la fidélité. Il lui faudra envers et contre tout faire passer l’autre avant lui-même, ne pas choisir au dernier moment l’activité qui lui convient le mieux, mais répondre à l’appel de celui qui l’attendra toujours.

Une expérience récente pour illustrer l'éducation possible à travers une proposition de service. Des élèves de Terminale du lycée Madeleine Daniélou de Rueil-Malmaison et de Sainte-Marie de Neuilly-sur-Seine sont parties comme hospitalières pour le pèlerinage diocésain des Hauts-de-Seine. Elles devaient donc se mettre au service des malades durant les 4 jours du pèlerinage. Or le nombre d’hospitaliers étant très important par rapport à celui des malades, elles n’ont pas été occupées comme elles s’y attendaient le premier jour. Lors de la relecture du soir, elles ont exprimé leur désappointement… et presque leur mécontentement ! Elles nous ont ainsi permis de mettre en avant une ultime et essentielle vertu du service, celle de la désappropriation, de la gratuité. Le service ne nous appartient pas. Nous n’avons pas à l’accaparer, à mettre la main dessus. Sinon, tous les fruits de ce service seront inexistants et inopérants en nous.

C’est peut-être là le chemin que nous cherchions pour nos jeunes. En donnant gratuitement de leur temps, de leur énergie, de leur jeunesse, ils peuvent se décentrer d’eux-mêmes, s’ouvrir aux autres, s’ouvrir à l’Autre présent en eux, agissant au cœur de leur vie.

Alexandra